Fragments de vie

Petites tranches de vie, moi dans tous mes états!

03 juin 2009

petit manuel de vie par superassistant

Cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas raconté d’anecdotes du boulot ! Cela ne tient pas au fait qu’il n’y ait rien à raconter, mais, au contraire, qu’il y en ait trop ! Tout était tellement collector que la flemme m’a envahie, et que finalement je n’ai rien raconté.

Néanmoins, là, dernièrement, il y a eu la petite goutte d’eau qui a fait déborder le vase, et me voila aujourd’hui pour vous la raconter !

Depuis deux mois, nous avions au magasin un nouveau collègue – en terme de hiérarchie, normalement il est mon responsable adjoint, mais dans les faits, hum…Il s’est avéré que ce blanc bec de seulement deux ans mon ainé se prenait pour le roi du monde : hyper prétentieux, il déclarait tout maitriser au bout de quelques semaines, n’écoutait jamais rien ni personne, ni les conseils, ni surtout les procédures de travail.Par exemple, un truc super simple mais qui démontre bien le caractère du bonhomme. Notre magasin fonctionne beaucoup sur l’occasion, c’est-à-dire qu’on rachète les jeux aux clients et on les revend derrière, moins chers que du neuf. On glisse les cds dans les notices, qu’on range en carton, et on met la boite vide en rayon. On accroche avec une petite étiquette les jeux les plus petits, c'est-à-dire ceux de ds et psp, mais on n’aime pas trop faire cela car il y a le risque qu’on abime la notice en retirant le jeu. En plus, cela nous fait perdre du temps au moment de la vente, et ça c’est mal, parce qu’en plein rush c’est hyper pénible.

Bref, je remarque une fois, deux fois que Mossieur attache aussi les cds sur les notices avec une étiquette. Je lui dis une première fois, gentiment, que ici on fait pas comme ça parce que justement, ça abime les notices, et puis c’est pas la peine puisque comme les cds sont grands ils tiennent bien dans les notices et on risque pas de les perdre. Bref, il a l’air d’entendre ce que je lui dis. Mais ne change en rien son attitude.

Un peu plus tard, avec un collègue : il veut vendre un cd d’occaz, s’apprête à faire glisser le cd, et se rend compte qu’il est attaché à la notice. Il me dit en râlant : "mais qui fait ça ??" je lui dis, "devine", et je nomme le coupable (sans me cacher hein), qui se trouve devant nous. Celui-ci dit "de quoi ?", et là, mon collègue lui réexplique pourquoi on ne fait pas ça.

Et là, il répond : "ok, bah écoute, continuez de faire comme vous faites et moi je continuerai de les accrocher dans la notice parce que je trouve ça mieux".

Bref, un monsieur toujours prêt à écouter les autres, comme ça, ça fait vraiment plaisir.En terme de boulot, il a fait ça pendant deux mois : "tu trouves ça comment ? t’aimes pas ? tant pis moi je trouve ça super !" En gros, il m’interroge juste pour que j’aille dans son sens en le gratifiant, car monsieur aime qu'on le complimente.

En deux mois, il m’a aussi tenu des discours très intéressants : politiquement, la gauche, c’est nul. Le système ? il faut en abuser. Un collègue trafique sa fiche de paie pour louer un appart, et il parait qu’il a bien raison de faire ça. D’ailleurs, super assistant me dit "c’est pas en pleurnichant (!) comme tu le fait sur le fait que les agences aient des exigences démesurées que tu trouveras un appart, faut gruger c’est tout". Sympa. J’ai aussi beaucoup aimé le "bah la loi sur les universités c’est super, en même temps à quoi ça sert de garder des filières comme cinéma ou lettres ou autre, puisque ça mène à rien ?" en rajoutant un discours sur "mes enfants je les pousserai à faire quelque chose de lucratif, et toi, tes mômes, tu veux les pousser à faire un truc qui va pas leur rapporter plus tard sous prétexte qui ont envie de voir ce que ça donne? C’est pas très responsable comme attitude de parent". La pluralité, l’intérêt de ne pas niveler vers le bas les connaissances, la diversité… sont surement des notions qui lui ont échappés.

Toutes nos discussions étaient de ce genre, nous n’étions jamais d’accords. Je le soupçonne d’ailleurs d’avoir un esprit de contradiction et l’envie d’avoir le dernier mot, systématiquement. Ce qui est curieux, au passage, c’est qu’il a dit à superboss qu’il s’entendait très bien avec moi ( !!!).

Bref, mercredi soir dernier, j’ai fait une erreur. Je parlais de l’Angleterre et de son ouverture d’esprit sur les différences, du fait que des personnes gothiques, piercées, tatouées ou autre ne choquaient pas alors qu’en France on regardait toujours mal les gens différents. Et puis j’ajoute, pour étayer mon propos sur le manque d’ouverture français, que si les espagnols ont ouvert le mariage aux homos, on a quand même une sacrée marge de progression.
Et là, je la tenais, ma perle.
Il me dit, avec un sourire : "oula, me lance pas la dessus, parce que…"
Et il s’est lancé tout seul.
"Je ne suis pas pour, voire même carrément contre, pourquoi les homos voudraient singer les hétéros, à quoi ça rime, le mariage c’est sacré c’est pour fonder une famille."
Je l’interromps, "bah oui justement, pourquoi pas ?"
"Ah bah non il en est hors de question, les homos peuvent faire ce qu’ils veulent chez eux mais en dehors je veux pas en entendre parler, je ne veux pas les voir s’embrasser, et alors avoir des gamins ? C’est pas un modèle à donner à des enfants, c’est pas une bonne base pour eux ils vont en souffrir toute leur vie."

Comme je connais un peu le sujet, quand même, j’ai essayé de discuter avec lui. De lui dire qu’un couple homo réfléchissait tellement avant d’avoir des enfants que c’était un projet construit, peut être plus que pour des personnes qui ne rencontrent pas de difficultés de conception. De lui demander en quoi cela serait néfaste pour un enfant, qu’est ce qui, lui, lui semblait « malsain » (puisque le terme a été prononcé) pour l’enfant ?
Il m’a fait la même réponse que ma sœur m’avait faite il y a 2 ans : "une famille, c’est un papa, une maman, c’est tout". Sinon, c’est pas normal.

Il m’a dit que l’enfant serait à jamais stigmatisé par les autres comme « le fils/la fille des pédés ». Quand je lui ai fait remarquer que cet enfant serait surement stigmatisé par des gens comme lui qui transmettraient ces idées rétrogrades à leur progéniture, il a acquiescé, et il m’a même raconté les discours homophobes de son père sans paraître réaliser qu’il donnait de l’eau à mon moulin.

Il m’a fait un petit laius sur "si je rencontre des gays à une soirée je vais pas leur tourner le dos, je vais même leur parler mais je peux pas être potes avec eux ou savoir ce qu’ils font". Trop sympa, c’est vrai qu’on sait jamais, c’est peut être contagieux.

La discussion s’est finie en termes cordiaux, car j’allais pas m’enflammer non plus, je suis dans mon milieu professionnel.

Mais je peux vous dire une chose : sa mutation, qui prend effet cette semaine, je la savoure.

Posté par Flouch à 14:23 - Petites tranches du boulot - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1